Le scénario

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Scénario de Max Obione

Film couleur – inférieur ou égal à 10 minutes

Résumé :

Un vieux musicien, clarinettiste klezmer, rescapé de la Shoah, atteint d’Alzheimer, s’enfuit de l’établissement où il réside après avoir aidé sa compagne malade à trépasser… Entre démence et réalité.

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Générique au début sinon en incrustation sur les images
si la durée excède la limite.

Les films du Gabelou

présentent

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Un film de Max Obione

Noir
Musique Duduk.

Noir

Intérieur jour.

L’homme sort l’instrument de sa mallette, le manipule, lèche le bec, s’apprête à jouer de la clarinette devant la fenêtre. Il porte un chapeau, en marcel, pantalon bretelles.

Musique clarinette klezmer solo.

L’homme joue, s’arrête de jouer.

Incrustation images archives

Gros plan Madame Kaminski silencieuse (costume tailleur)

L’homme joue à nouveau de son instrument.

Madame Kaminski :

« C’est mon air préféré, Jo ! »

Plan contreplongée, plan d’ensemble de la chambre.

On devine un corps de femme allongé sur un lit qui prononce à nouveau :

Madame Kaminski :

« C’est mon air préféré, Jo ! »

Musique kaddish yiddish en arrière fond sonore.

Il va à la fenêtre.

Visage gros plan.

Plan fixe long, zoom lent avant.

Dans la chambre. Une femme est étendue sur un lit. Elle est habillée de noir.

Miroir à main et tube de rouge à lèvres, elle tente de se maquiller, elle tremble, n’y arrive pas.

Elle présente les signes d’une grande souffrance. L’homme est assis sur le lit près d’elle, il la regarde en silence, mais son esprit est ailleurs.

 Madame Kaminski :

 « Jo ! Jo ! … ce que j’ai mal… »

 L’homme se précipite, se penche au-dessus d’elle. Il veut lui faire avaler des comprimés qu’elle recrache en disant :

 Madame Kaminski :

 « Non, je ne les supporte plus ! »

 Il caresse son front, arrange sa chevelure.

Un temps.

La femme fait un signe de complicité à l’homme.

Madame Kaminski :

« Ah ! Jo, Jo, mon chéri, mon chéri… je t’en supplie, fais-le…, fais-le si tu m’aimes… »

Un temps. Regard perdu de l’homme. Puis l’homme commence à serrer le cou de la femme… Mimiques d’effort, de souffrances, plan séquence. Champ contre champ. La femme bat des mains, puis relâche son poing crispé.

Plan coupe.

L’homme se peigne, on devine le tatouage sur l’intérieur de son avant bras gauche. Il s’habille lentement, chemise blanche, cravate, veston, imperméable, toujours le chapeau sur la tête.

Extérieur jour.

L’homme sort de la chambre. Couloir, escalier, sortie. L’homme s’enfuit de l’établissement.

Noir.

Plans de déambulation de l’homme sur une route de campagne. Il porte à la main l’étui de son instrument.

Intérieur jour. La femme est immobile, on perçoit qu’elle est décédée. Elle a les yeux fixes grands ouverts. Un sourire affleure ses lèvres.

Extérieur jour. Sur les hauteurs d’Etretat. Panorama.

Musique festive danse mazel tov

Sur la falaise. Le couple, plus jeune, regarde la mer, c’est un souvenir heureux, le couple s’enlace, s’embrasse, joue à joue, danse, exprimant une grande joie. Des oiseaux de mer volent.

Intérieur jour.

Dans la chambre, la femme sans vie sur le lit. L’homme se penche à nouveau sur le corps de la femme.

L’homme lui prend une main et l’approche de son visage.

Il tente de faire en sorte que la main de sa femme lui caresse le crâne, le chapeau tombe.

Il éclate en sanglots, il embrasse frénétiquement les mains de la femme.

L’homme :

« Tes mains sentent l’eau de Javel, tu m’entends, tes mains sentent l’eau de Javel.»

« Tu vois qui, tu vois quoi ?

Ferme tes yeux, je t’en prie ferme tes yeux.

Tu fais partie de moi, je me tue en toi ! »

Il ferme les yeux de la femme.

Il dépose une étoile de Noël sur la poitrine de la femme.

Il survole le corps avec tendresse, baise ses pieds, chausse la femme.

Extérieur jour.

Déambulation de l’homme sur une route de campagne. Plans successifs.

Une équipe d’infirmiers le recherche à bord d’un fourgon.

A l’intérieur du fourgon.

Vincent Soufflet : le chauffeur désignant une personne sur la route

« Là-bas !…»

Patrice Havenot :

« A tous les coups c’est lui… la troisième fugue du mois… le petit père Kaminski… »

Vincent Soufflet :

« Y perd la boule, le vieux ! »

Patrice Havenot :

« Pas la boussole en tout cas, c’est toujours en direction d’Etretat.

Le fourgon le rattrape, s’arrête, les hommes en blouse blanche en descendent, et le saisissent aux épaules.

Musique fanfare balkan.

L’homme se débat, refuse de monter. Ils le font monter de force dans le fourgon. L’homme monte avec le second infirmier. Claquement de la porte coulissante par le chauffeur. Dans la bousculade, l’étui de l’instrument est abandonné sur place.

Sonnerie de portable. Montant dans la cabine, le chauffeur décroche son portable.

Vincent Soufflet : le chauffeur

« Passez-moi le directeur… oui… oui… c’est ça… on l’a retrouvé… sur une petite route qui va à Etretat… quoi ? Elle veut me parler ?… oui… oui… passez-la moi… allô… Madame Kaminski vous pouvez être rassurée… oui… non … il a rien… on vous le ramène… c’est ça…»

Il coupe son portable. A l’adresse de son collègue :

« Elle balise la vieille … Il est question de les virer, sa turlutte puis les fugues… tu m’étonnes. »

Patrice Havenot : l’assistant avec son poing bourre l’épaule de l’homme.

« Allez, allez… on rentre à la maison… C’est votre dame qui va être contente. »

Le fourgon démarre. Plan sur la mallette abandonnée.

Le fourgon roule. Les trois hommes côte à côte, de dos, sur la banquette avant.

Gros plan sur l’homme absent à lui-même.

Off

Monsieur Kaminski :

« Vivre est un suicide trop lent. »

(peut-être en surimpression sur une vue d’Etretat au couchant.)

Noir

Extérieur jour.

Sur le perron de l’établissement Madame Kaminski attend anxieusement le retour de son époux. Puis à son attitude et à son expression, on devine qu’elle le voit venir à elle.

Fin

 Monologue voix off non retenue

Hier je suis né

Ça s’appelle la vie ma vie

Des dates des dates des jours des riens et puis vient le soir

Et puis le lendemain qui ressemble à des hiers traversés en aveugle

Un mauvais rêve éveillé

Avec un goût mauvais sur la langue

Un goût âcre d’inachevé

Une senteur de fin du monde

D’avant le cataclysme

Une senteur de cauchemar

Un parfum avant coureur de la chute

Une odeur de cadavre qui pointe sous la peau

En chacun de nous il y a un cadavre qui n’attend qu’un signe pour faire son intéressant

Mes mains je ne les croyais pas capables de serrer avec autant de force

Mes articulations me font mal mes doigts sont encore blancs d’avoir serré si fort

J’ai serré, serré, ses yeux partaient dans le ciel de la chambre

Un tout petit souffle agitait son petit bout de langue violette

C’est une merveille un régal une jouissance sèche incommensurable de te tenir au bout de moi

Tu fais partie de moi je me tue en toi

Tu vois qui

Tu vois quoi

Ton quiqui a craqué sous mes pognes furieuses

Tes mains ont battu l’air quand j’ai serré ton cou

Elle est silencieuse enfin

Il est encore chaud ce corps

Tes cheveux sont doux sous mes doigts

J’avais perdu cette sensation

J’avais perdu le goût de te regarder

Sous la peau transparente de ta tempe court une veinule bleue

Le dessin d’un petit chemin qui se perd en route

Ta peau